La séquence sur le film de fiction s’est étendue sur un laps de temps d’environ deux périodes. Mes heures étant comptées, surtout en cette fin d’année, il ne m’a pas été possible d’y consacrer plus de temps. Néanmoins l’objectif principal que je m’étais donné, à savoir sensibiliser les élèves à la question du point de vue historique, a été atteint. Mais j’y reviendrai ultérieurement dans ce billet. Au passage, j’ai également renforcé la compétence du PEV : « exploiter un document historique selon sa nature et son contexte propre », ainsi qu’une compétence spécifiquement travaillé dans le cadre de mon mémoire professionnel à savoir la lecture d’image, même s’il s’agissait ici d’un film de fiction et non d’une image fixe.
La séquence d’enseignement que j’ai conçue me semble relativement cohérente et son excellent déroulement en est une des preuves les plus parlantes. On la trouvera telle que je l’avais planifié dans mon billet du 9 mars, avec les quelques modifications que j’y ai apporté suite à certaines remarques de mes camarades.
Pour débuter, je dirai que malheureusement, c’est le temps qui a représenté ma plus grosse difficulté. En effet, la fin de l’année approchant, il me restait très peu de temps pour mettre en œuvre cette séquence autour du film de fiction et j’ai par conséquent choisi de sabrer certaines activités en cours de route et d’en réaliser certaines plus rapidement en allant par exemple directement à une phase collective sans passer par une phase de travail individuel des élèves.
L’activité autour du son telle qu’elle a été donnée me semble pouvoir être améliorée. Sous les conseils d’une de mes camarades, j’ai changé cette activité qui dans un premier temps visait à exploiter les discours de Colomb et Moxica plutôt que l’univers sonore du fil de Ridley Scott en tant que tel. En effet, exploité les discours de ces deux personnages, c’était exploité du contenu. Ainsi, le résultat obtenu aurait été le même si j’avais donné à mes élèves les textes des deux discours sur un support papier. C’est la raison pour laquelle j’ai changé mon activité dans le but de travailler sur le ton des discours de ces deux personnages et non plus sur leur discours même. La correction de cet exercice s’est opérée collectivement faute de temps. Les élèves n’ont eu aucune difficulté à mettre en avant les caractéristiques du ton de chacun des deux discours, soulignant le caractère autoritaire et sage du ton de Colomb et le caractère vengeur du ton de Moxica. Ils ont ensuite très simplement souligné les deux visions diamétralement opposée de Moxica et Colomb quant au sort qui devait être réservé aux Indiens.
Pourtant, cette activité me semble être très artificielle, les élèves pouvant s’appuyer sur le contenu du discours pour en dégager le ton. Dans l’absolu, j’aurais aimé pouvoir élaborer une activité autour de la bande originale composée par Vangelis, pour les sensibiliser à la portée que pouvait avoir la bande originale d’un film sur le spectateur, comment elle pouvait contribuer à susciter certaines émotions. Mais mes connaissances métalinguistiques en matière musicale étant lacunaires, il m’a semblé difficile de m’aventurer dans une telle activité. On pourrait cependant imaginer, dans une volonté d’améliorer cette activité, une collaboration avec le maître de musique.
J’ai trouvé que les élèves se sont particulièrement investis dans l’activité relative à l’univers visuel – cette activité était de l’ordre de la description et visait à préparer une activité d’un niveau taxonomique plus élevé et qui elle était de l’ordre de l’interprétation. L’investissement des élèves s’est manifesté de deux manières. D’une part, ils ont souhaité voir à deux reprises l’extrait pour ne rien omettre et d’autre part, ils ont repéré des éléments de détails que moi-même je n’avais pas vus, comme la date inscrite sur la cloche de l’église. Ainsi il leur a été très simple de remplir la grille de lecture que je leur avais proposée. Ils ont d’ailleurs montré des compétences certaines en description, qu’on peut supposer être due au travail effectué précédemment autour de l’analyse d’image. La correction a, à nouveau, été faite de manière collective.
C’est dans l’exercice relatif au titre de l’extrait – exercice dont le degré taxonomique est d’ailleurs bien plus élevé qu’il n’y paraît – que j’ai rencontré le plus de difficultés de correction puisque l’enthousiasme des élèves était tel qu’ils ont proposé quantité de titre plus intéressants les uns que les autres. Il m’a par conséquent fallu trancher et ne sélectionner que quelques éléments de chacun des titres pour tâcher d’en faire le meilleur titre possible. Il me semble que je suis parvenue à un titre relativement complet, mais je ne peux que remarquer qu’il est toujours délicat lorsque l’on souhaite laisser le plus grand espace possible aux idées des élèves de synthétiser leurs idées sans leur donner le sentiment d’imposer une réponse.
Par la suite, les élèves devaient comparer les deux extraits qui leur avaient été présentés et dresser le portrait de Colomb dans le film. Il s’agissait de l’une des phases interprétatives, et donc dont le niveau taxonomique était particulièrement élevé, de cette séquence. Je leur ai demandé de ne pas remplir le tableau « similitude-différence » et cela faute de temps et d’aller directement au portrait de Christophe Colomb esquissé dans 1492, Christophe Colomb. Il s’agit d’un exercice qui n’a à priori pas engendré de grandes difficultés. Les élèves ont expliqué que dans le film de Ridley Scott, Colomb est dépeint comme un personnage sage, juste, sympathique et qui traite avec gentillesse et respect les Indiens. Il est à noter qu’un élève a souligné avec humour que Christophe Colomb avait la même tête qu’Obélix. Cette remarque atteste que certains élèves ont compris l’enjeu qui se cache derrière cette séquence et que le film de Ridley Scott est une fiction et non pas la réalité.
L’activité sur la lecture des journaux de Colomb s’est déroulée de manière relativement rapide, les élèves ayant acquis cette année la compétence du PEV « dégager et commenter les informations principales d’un document textuel et iconographique ». Je ne peux que m’en réjouir. Les élèves avaient, comme je l’explique dans mon billet du 9 mars, deux textes dans lesquels ils devaient repérer les quatre éléments les plus importants. Quelques élèves m’ont demandé des précisions sur la consigne, ne sachant pas s’ils devaient repérer quatre éléments par texte ou quatre éléments au total. J’ai donc reformulé la consigne par rapport à la première version de l’exercice. On trouvera cette consigne reformulée ci-dessous.
La suite de la séquence a été écourtée faute de temps. De fait, les élèves n’ont pas rédigé la synthèse que je leur demandais. Il s’est plutôt agi d’un échange entre les élèves et moi autour de la problématique de la différence entre l’image de Christophe Colomb véhiculée par le film de Ridley Scott d’une part et par les journaux d’autre part. Je regrette réellement d’avoir eu aussi peu de temps pour terminer ma séquence, car c’est à ce moment, dans ce travail d’analyse autour de deux visions historiques différentes, que le travail de description et d’analyse autour du film de Ridley Scott prenait tout son sens.
Je tenais à revenir sur les commentaires qui m’ont été fait sur mes camarades au sujet de cette dernière fiche. En effet, ils ont estimé que le fait de leur demander de rédiger une synthèse sur les différences entre le film de Ridley Scott et les extraits de journaux de Colomb et ensuite d’expliquer cette différence sont deux activités similaires. Je ne partagent pas leur avis. En effet, pour la première question j’attends des élèves qu’ils rédigent une synthèse en expliquant en quoi le Colomb de Ridley Scott et le Colomb du journal sont différents, alors que pour la seconde question j’attends précisément qu’il m’explique cette différence.
J’ai commencé par demander aux élèves quand avait été réalisé 1492, Christophe Colomb. Après que l’un d’entre eux m’a répondu 1492, il m’a semblé plus que nécessaire de leur dire que Ridley Scott avait réalisé son film en 1992. Les élèves ont dès lors relevé le caractère commémoratif du film. De fait avec le maigre temps qui leur était imparti, il me semble que les élèves, dans leurs réponses orales, ont su mettre en évidence la différence entre les deux Colomb et ont su expliquer le pourquoi de cette différence à savoir que l’un était présenté à travers un film de fiction qui avait un but commémoratif, et qu’il s’agissait donc de dire du bien de Colomb, et que l’autre correspondait davantage à la réalité.
C’est à ce moment que je leur ai expliqué que les extraits de journaux correspondaient également à un choix, au choix de l’historien, ce qui m’a permis ensuite de abordé la problématique de l’historiographie, leur expliquant qu’un discours historique est toujours une construction de son auteur. Pour conclure cette séquence, j’ai proposé aux élèves de prendre note de ma propre synthèse.
On peut reprocher à cette dernière partie de la séquence de s’apparenter à une séquence de type « magistral », puisqu’elle ressemble grandement à un cours dialogué où l’enseignant attend la bonne réponse. Néanmoins, au vue de la manière très satisfaisante dont les élèves ont répondu à mes questions, il me semble qu’il s’est agi d’un bon compromis compte tenu du temps que j’avais. Certes, j’aurais souhaité que les élèves aient le temps de rédiger une synthèse et que nous puissions ensuite échanger autour de leur synthèse.
A noter également que le déroulement de cette séquence, au timing si serré, pose un problème de correction. En effet, en procédant à la correction de manière orale et collective, il est extrêmement difficile de s’assurer que tous les élèves ont acquis les compétences exercées lors de cette séquence et s’ils ont compris l’enjeu de cette activité autour de Christophe Colomb. Les élèves qui ont davantage de facilité ont pu prendre en main la leçon, et les élèves ayant davantage de difficultés se cacher derrière leurs camarades.
Pour conclure, je dirai qu’au vu de la manière dont s’est déroulée cette séquence, je n’hésiterai pas à la reconduire pour ainsi dire telle quelle, en prévoyant néanmoins un temps suffisant pour pouvoir la mener correctement et non dans l’urgence.
Sonia Sicuranza